Comment j’ai écrit mon premier roman

Si tu es un lecteur régulier de ce blog, tu as déjà eu un aperçu du « partage » entre moi et mon amie Lou et le vaste terrain de jeu que permet la planète Almaé.

Si tu ne vois pas de quoi je parle, je t’invite à lire l’article « Almérante un super-continent sur la planète Almaé » ou encore l’article « Mes romans : d’abord une histoire d’amitié »

Aujourd’hui je vais te parler de l’écriture de mon premier roman « Chroniques d’Almérante — 1. La faille » qui se déroule pendant la quatrième ère de la planète, avant le cataclysme et l’apparition d’Alméria.

Si tu ne l’as pas lu, je vais faire de mon mieux pour éviter de te spoiler.

 

Avoir une idée et tirer les ficelles

Avant de pouvoir démarrer, il est toujours bon d’avoir au moins une petite idée. Il peut s’agir d’une trame ou d’une scène, peu importe. Comme je l’ai expliqué dans mes précédents articles, j’avais des idées, toutes un peu brouillonnes et sans queue ni tête, mais pas de cadre.

Grâce à Lou et à sa carte, en me basant sur le super-continent d’Alméria, j’ai pu inventer une part de son passé sur Almérante et laisser libre cours à mes idées.

S’il y a bien une chose qui est géniale dans ce « prêt », c’est que Lou m’a laissé libre de faire ce que je voulais (encore merci !).

Pour les Chroniques d’Almérante, j’avais une idée, plus exactement une scène en tête. Une scène très particulière qui me permettait de m’endormir tous les soirs. Rien que le fait de me concentrer dessus m’apaisait et je tombais dans les bras de Morphée.

Cette scène m’a suivi pendant plus de quatre ans, jusqu’à ce que je l’exorcise en l’écrivant. Il m’arrive encore de l’utiliser pour m’endormir, mais depuis qu’elle s’inscrit dans une histoire, ce n’est plus vraiment la même chose.

J’imaginais une femme qui marchait dans le vide pour rejoindre l’autre côté d’un ravin puis qui tombait jusqu’à ce qu’elle soit rattrapée, Dieu sait comment. Ma réflexion n’allait pas plus loin et je m’endormais.

Si tu as lu les Chroniques D’Almérante 1, tu sais de quelle scène je parle. C’était mon unique idée pour démarrer.

J’avais d’autres idées, qui n’avaient rien à voir, comme une Guilde avec une progression hiérarchique qui obligeait de sacrifier sa vie personnelle pour la cause et une panthère (ou tigresse) au regard perçant. J’aimais le concept de trahison et d’emmener le lecteur là où il ne s’y attend pas. J’avais en tête des personnages différents et des fratries aux relations variées.

Finalement, comme si mon imagination dormante s’était retrouvée électrisée par la perspective de pouvoir écrire dans un monde à la géographie déjà existante, les pièces du puzzle se sont assemblées. J’ai mélangé les idées en m’interrogeant toujours un peu plus.

Les deux questions clés que je me posais à chaque fois que j’avais une idée sur un personnage, sur un background, sur un événement ou sur une péripétie étaient les suivantes : « Pourquoi ? » et « Comment ? ». Je peux dire que ce sont les deux mots qui m’ont été les plus utiles pendant toute la partie de réflexion.

Prenons l’exemple de ma première scène, celle qui m’accompagnait pour dormir :

  • « Pourquoi est-elle en train de marcher dans le vide ? »
  • « Pourquoi tombe-t-elle ? »
  • « Comment se rattrape-t-elle ?

Avec ces trois questions, j’ai dû réfléchir à qui était cette femme, ce qui la motivait, comment elle se retrouvait là où elle était et pourquoi elle en était arrivée là.

Il m’a suffi d’appliquer ces deux mêmes questions à chaque nouvelle réponse en ajoutant de temps à autre “Qui ?” “Quoi ?” “Où ?” et la toile de la narration s’est déployée toute seule.

Cette façon de fonctionner m’est propre et il y en a certainement d’autres, mais elle m’a permis de creuser chaque idée et me permet encore de le faire. C’est pourquoi, à un moment donné, j’ai décidé de ne plus les utiliser : quand la trame et les personnages m’ont semblé assez riches et cohérents. Car le risque auquel on s’expose à force de s’interroger est de ne jamais s’arrêter.

Mon conseil : en utilisant de simples questions, en se les posant inlassablement jusqu’à ce qu’une des réponses te convienne, tire les ficelles de ton histoire, quitte à changer d’avis par la suite.

N’oublie pas non plus qu’il n’y a pas de réponse unique à chaque question et que toute réponse peut entraîner un arc narratif différent, un background différent et une histoire différente. Ce n’est qu’une affaire de choix. Quelqu’un d’autre en partant de la même scène que moi aurait certainement écrit une histoire bien différente et c’est toute la beauté de l’exercice.

 

Ordonner les idées et les planifier

Une fois que mes premières idées étaient là j’ai pu commencer à les ordonner, toujours en m’aidant des questions “pourquoi ?” et “comment ?”.
Je dis bien mes premières idées, car dans la première version de cette histoire, il n’y avait que 30 % de la totalité. Pour te donner un exemple concret, la version finale des Chroniques d’Almérante 1 contient environ 120 000 mots. Ma toute première mouture n’en contient que 42 000. Il ne faut pas croire que toutes les idées viennent d’un coup et qu’ensuite il suffira de surfer sur la vague, loin de là.

Alors comment ai-je construit le plan de ma première version ?

Avec toutes les idées que j’avais eues en tirant les ficelles, j’ai pu construire le plan et les premières fiches personnages en une seule soirée de rédaction. Ça peut paraître court, mais j’avais déjà tout en tête, il ne restait qu’à le coucher sur papier.

J’ai fonctionné selon une méthode qu’utilise Lou pour sa propre écriture, celle de découper l’écriture en “épisode”, un peu comme une série. Ce découpage permet d’avancer de sujet en sujet et d’éluder parfois des passages plus bloquants. J’ai donc imaginé 30 passages essentiels pour faire avancer mon histoire et atteindre mon objectif : écrire une histoire jusqu’à la fin, peu importe le nombre de pages.

Finir une histoire était, en plus d’avoir la flemme de créer un monde, une de mes plus grosses difficultés. Parce que je n’avais pas de plan ou pas assez d’idées pour aller plus loin ? Je pense que oui.

L’avantage pour moi de cadrer les choses et d’avoir bien réfléchi en amont aux enchaînements, c’est que je savais où je voulais aller et il n’y avait plus qu’à !

Pour cette première mouture, je n’ai pas tout cadré. Je me suis raconté, dans les grandes lignes ce qu’il se passait dans chaque passage et ensuite j’ai écrit.

Voici un exemple :

Un personnage appelé X doit passer un examen important pour lui et pour son avenir. Il n’a pas le droit à l’erreur et malgré les sacrifices que ce passage exige, il doit aller jusqu’au bout s’il veut pouvoir évoluer. Il est stressé même s’il ne se l’avoue pas et en discute avec un proche. “Venez ! Venez voir ! Nous n’avons jamais vu ça ! ‘– Liaison chapitre suivant

voilà à peu près à quoi ressemblaient mes résumés de scène. J’y ajoutais toujours les dernières lignes, celles qui me permettaient de conclure la partie, la lier à la suivante et créer le suspens nécessaire.

 

Ecrire et se relire

J’ai commencé la rédaction tout de suite après avoir fini mon plan et j’ai tenu un rythme intéressant pendant un moment. J’en étais contente et puis je suis tombée sur un os.
Un gros os qui m’a ralenti puis stoppé.

Il ne s’agissait pas d’une incohérence dans l’histoire ou quelque chose du genre, mais simplement un passage que je n’arrivais pas à écrire.

Il faut savoir que moi et les descriptions, ce n’est pas une grande histoire d’amour. Attention, je ne dis pas que je n’aime pas décrire, mais il est certain que je ne suis pas à l’aise avec les descriptions qui ne servent pas l’action ni avec celles qui permettent de faire avancer dans le temps.

Je me suis donc retrouvée face à l’écriture de ce genre de description et alors rien ne m’est venu. J’ai pris du recul sur le récit, me disant qu’une pause m’aiderait à reprendre et puis les jours se sont accumulés, les semaines sont passées et je n’y ai pas touché pendant environ cinq mois. J’échouais encore pour la même raison, toujours sur cet os, ce blocage dans le récit qui me faisait m’éloigner de l’histoire.

Plusieurs mois après avoir laissé tomber, il s’est passé deux choses :

  1. mes collègues de travail s’étaient lancées dans le NANOWRIMO 2018
  2. Je parlais de ce blocage avec Lou

Je ne remercierai jamais assez mes collègues pour avoir évoqué librement le challenge Nanowrimo au retour d’un déjeuner, car je ne le connaissais pas du tout.

Le Nanowrimo est un concours contre soi-même avec pour objectif de pondre (oui pondre) 50 000 mots en 30 jours, pendant le mois de novembre. Ce challenge a un tel succès qu’un site pour compter les mots est disponible en ligne et les participants peuvent se motiver entre eux.

Mes collègues qui s’étaient lancées dans le concours se prenaient une heure par jour, souvent sur la pause déjeuner, pour se concentrer et écrire leur quota de mots journalier.

J’ai décidé de m’astreindre à faire comme elles, à utiliser une heure de mon temps chaque jour pour écrire. Le Nanowrimo est là pour faire sauter les blocages et te pousser à écrire quoiqu’il se passe. Les participants auront tout le temps de se relire après.

En parallèle de cette décision, je parlais de mon blocage avec mon amie Lou qui avait souvent le même problème que moi. Elle avançait, puis elle bloquait sur un passage qui l’intéressait moins, qu’elle n’avait pas envie d’écrire ou pour lequel elle ne trouvait pas les mots. Elle m’a alors dit quelque chose de très juste : si elle n’arrivait pas à l’écrire, elle sautait la partie et passait à la suite. Si l’inspiration revenait, elle retournait à la partie manquante.

En gros : tu ne le sens pas ? Ce n’est pas un passage essentiel à ton histoire ? Avance, tu verras plus tard. Rien ne m’empêchait de faire des ellipses et d’écrire des scènes qui me motivaient plus.

C’est ce que j’ai fait, en m’ajoutant également la deadline d’offrir cette histoire à Lou lorsque l’on se reverrait.

Quelques jours après le 30 novembre, date officielle de fin du Nano, je finissais mon histoire et j’atteignais mon objectif initial, celui d’écrire une histoire de A à Z.

J’avais commencé en retard et n’avais pas atteint les 50 000 mots, mais j’étais vraiment contente d’avoir fini !

Ni une ni deux, je l’offrais à mon compagnon et à Lou pour qu’ils le lisent. Ce fut très dur de le donner, car c’était m’exposer à leur jugement.  Le plus difficile avec le recul fut de voir mon compagnon le lire sous mes yeux dans le train au retour de Noël.

 

Enrichir et se faire lire

A peine avais-je donné le manuscrit à mes deux premiers bêta-lecteurs, que de nouvelles idées avaient fusé dans ma tête.
Je savais déjà que je voulais ajouter du contexte, de nouvelles scènes et des péripéties. Je laissais finir mon compagnon, prit ses retours et informais Lou d’arrêter sa lecture là.

Et oui, j’ai demandé à un bêta lecteur d’arrêter de lire, car ce qu’elle avait sous les yeux ne correspondait déjà plus vraiment à ce que j’étais en train de produire.

Une sorte de frénésie s’est emparée de moi et j’ai listé tous les ‘ajouts’ que je souhaitais faire, en utilisant les questions ‘Pourquoi ?’, ‘Comment ?’, ‘Qui ?’. À chaque nouvelle idée, j’étudiais son impact sur le texte initial et les conséquences qu’elle entraînait. Ajouts qui prirent la forme de vingt-cinq nouvelles scènes, c’est dire !

Je me lançais donc dans l’écriture et la réécriture des scènes. Je devais veiller à la cohérence et j’avais choisi d’ajouter de nouveaux personnages qui n’existaient pas dans la première version.

Il a fallu leur faire une place dans le récit, définir leurs caractères et réécrire les scènes déjà existantes en les intégrant.  Sauras-tu deviner de quels personnages il s’agit ?

J’appliquais la même méthode que pour le Nano de novembre, c’est-à-dire que je me suis fait un Nanowrimo personnel, entre février et mars 2019.  Je fonctionnais pour cette version sans réelle deadline et continuais de prendre une heure, les jours où je le pouvais, pour écrire. Je tentais de relever les incohérences et continuais mes ajouts. Cette deuxième version compta environ 80 000 mots soit le double de la version initiale.

Je tiens à préciser que durant toutes mes phases de réécriture, l’histoire est restée fondamentalement la même.

Satisfaite, je me lançais dans la correction de cette deuxième version. Ce qui devait arriver arriva : je décidais que je devais encore étoffer un personnage et quelques parties, ce qui me lança dans une nouvelle opération d’écriture.

Cette fois-ci, je me donnais une deadline que je partageais avec une de mes meilleures amies et également collègue : terminer chacune notre texte avant le départ en vacances d’été pour le faire lire aux autres (collègues). Ce fut un challenge, mais nous tinrent bon et, juste avant de partir en congés, nous appuyons sur la touche envoyer.

Ce partage fut encore pire que la première fois pour moi : mon amie avait déjà envoyé son texte que j’avais commencé à lire et que je trouvais divinement écrit. J’arrivais derrière, avec mes gros sabots et j’avais peur de ce que mes collègues pourraient en penser.

Une fois le stress oublié, cette bêta lecture me rassura et surtout, grâce à leurs retours très pertinents je pus démarrer la phase finale, la quatrième version de ce roman avec comme deadline cette fois-ci le 5 décembre 2019 afin de pouvoir l’imprimer et l’offrir à mes proches à Noël.

Je ne compte plus le temps que j’ai passé sur ce texte et forcément, malgré un travail de relecture et de corrections de fautes d’orthographe, j’en laissais un certain nombre, mais je ne les voyais plus.

 

Ma méthode, entre imagination, rigueur et deadline

Voilà comment j’ai écrit le premier tome des Chroniques d’Almérante.

Ma méthode est simple, elle mêle imagination, rigueur et deadline.

Comme tout écrivain, je laisse une grande part à mon imagination, mais en ce qui me concerne j’ai vraiment besoin de la cadrer. J’ai besoin d’écrire à l’avance les enchaînements, les péripéties et d’avoir un cap. J’admire ceux qui arrivent à avancer sans, mais ce n’est pas mon cas.

J’essaie d’être rigoureuse et tenace afin d’avancer. Dans les phases de relecture et de réécriture, je m’arme d’un outil qui effraie beaucoup de monde : un tableur Excel.

Nous sommes loin de la session d’écriture glamour, mais cette méthode a été formidable pour moi pour avancer dans mon projet.

Je pouvais ainsi :

  • indiquer où je devais corriger ou ajouter un passage, une scène, une information
  • Écrire ce que je voulais ajouter
  • Préciser les idées
  • indiquer la finalisation par un OK, clair et efficace

Au-delà de mon envie de vouloir terminer ce roman, mon moteur essentiel est celui de la deadline. J’aime apparemment écrire sous pression. Me mettre une deadline me fait avancer. Peu importe le style, les ellipses que je suis obligée de faire pour tenir le rythme, j’avance. Je n’ai pas peur de devoir me relire, même si mon objectivité dépend des jours. Je ne compte plus le nombre de fois où en me lisant je me suis dit que c’était de la m****. Ça arrive à tout le monde n’est-ce pas ?

Je compte fonctionner ainsi pour la rédaction du tome 2, même si je compte sauter la première version et attaquer directement l’écriture d’une version bien étoffée de mon histoire.

Elle a d’ailleurs déjà trouvé son petit tableur Excel. 🙂

 

Bénédicte

 

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