chapitre 4

Le plafond au-dessus de ma tête est blanc comme neige. Le lustre moderne composé de trois abat-jours noirs est éteint. Les murs, vierges de photos ou d’affiches, sont ceux de ma chambre d’étudiante.

Un immense soulagement s’empare de mon esprit. Je me trouve dans mon repaire, allongée dans mon lit, en pyjama. Ce n’était qu’un rêve. Un cauchemar, plutôt. Des frissons parcourent ma peau quand j’y songe. Mon corps réagit, comme si ce qu’il avait vécu était pourtant bien réel. Comme si le feu courait encore sur mes membres.

Tout en restant couchée, je touche mes bras, puis mes épaules, pour remonter jusqu’à mon visage auréolé de mes cheveux détachés. Je n’ai pas mal. Aucune brûlure n’est à déplorer. Tout est fonctionnel. C’était donc bien un cauchemar. J’ai simplement fait un cauchemar. Les volets ouverts baignent la pièce d’une douce lumière. Une lueur d’automne. Octobre.

Un mal de crâne me foudroie d’un coup. Je me redresse, un peu sonnée.

J’ai beau avoir dormi profondément, je me sens faible. Sur ma chaise de bureau, mon pantalon de sport. Dans un coin, celui où j’ai l’habitude de lancer mes affaires sales, mon haut et mes sous-vêtements, dont ma brassière. Quant à mes baskets, elles sont à côté de la porte. Je suis donc bien allée courir hier soir ? Je me renifle un peu sous les bras, l’odeur me confirmant que j’ai sué. Je suis rentrée et je n’ai pas pris de douche. Bon, à part ça, tout est parfaitement normal. Ça m’apprendra à sortir la nuit en pleine forêt, je n’ai plus toute ma tête apparemment. Jouer à se faire peur n’est définitivement pas pour moi.

Je reste quelques minutes supplémentaires dans mon lit, observant mon antre, quand une pensée continue de venir me tourmenter. Je ne me souviens pas d’être rentrée. Pourtant, les preuves sont bien là. Toutes mes affaires sont à leur place. Sur ma table de chevet, mon smartphone. Une diode rouge clignote. Presque plus de batterie. Après un effort conséquent au vu de mon corps engourdi, je le branche à la prise pour le charger.

Des coups brusques à la porte m’indiquent que mon amie est bien rentrée de sa soirée à Rennes et qu’elle compte bien profiter de cette belle journée ensoleillée d’automne. Ce qui relance mon mal de crâne.

Après un soupir, je me lève pour ouvrir. À peine ai-je baissé la poignée que la tornade brune entre dans ma chambre.

— Sybil ! C’est une heure pour se réveiller ? Tu as raté mon super brunch !

— J’étais fatiguée, répliqué-je en toute honnêteté. D’ailleurs, je le suis encore.

— Après une nuit comme celle que tu viens de faire, ça m’étonne un peu ! Tu sais ce que je dis ? Quand on dort trop, on reste fatigués ! Il faut trouver un juste équilibre !

Ma tête me fait mal et les explications de Méline sur le bon cycle de sommeil n’arrangent rien.

— Alors, c’était bien ? finit par me demander la nouvelle venue.

— De quoi ?

— Ton footing, précise-t-elle. Solène m’a dit que tu étais sortie hier soir et qu’elle ne t’a pas entendue rentrer.

Sûrement trop occupée avec Jeremy pour être attentive. Mon autre colocataire fait au mieux, mais dès que son petit copain est là, elle oublie presque tout. Qui peut le lui reprocher ? Certainement pas moi.

— Oui, c’était bien, soufflé-je.

Méline s’assied sur mon lit et me regarde de travers.

— Tu es plus loquace d’ordinaire. Quelque chose ne va pas ?

— Si, si, tout va bien. J’ai juste mal à la tête.

Les yeux de mon amie se font toujours suspicieux. Elle les plisse même, comme pour faire la mise au point.

— Tu es rentrée à quelle heure ?

— Je…

Je m’arrête, cherchant la réponse dans mon esprit embrumé. Je n’arrive pas à m’en souvenir. Je suis partie, j’étais un peu inquiète, mais le footing s’est bien passé. J’étais partie pour la boucle habituelle d’une dizaine de kilomètres, peut-être douze. Rien d’insurmontable quand on sait que je pratiquais l’athlétisme dans mon ancien village.

Malgré tout, je suis incapable de me souvenir de mon retour à la maison. Je ne sais même pas comment je me suis déshabillée !

— Sybil ? m’interroge Méline. Tu es sûre que tu te sens bien ?

Rassembler mes pensées est essentiel avant de l’inquiéter plus que de mesure. Un geste automatique, habituel quand je réfléchis, me fait porter ma main à mon cou. Mes doigts se referment sur le vide. Le vide ? Non ! Où est passé mon pendentif ?

À la base plutôt figé, mon visage se transforme, déformé par la panique.

— Mon collier ! m’écrié-je.

— Quoi ton collier ?

— Je ne l’ai plus !

— Il a dû tomber quelque part, tente Méline en se levant et en commençant à regarder par terre. Tu l’avais hier ?

— Je ne le quitte jamais.

Perdre mon pendentif ne fait pas partie de mes plans. Je l’ai depuis presque dix ans. C’est mon bien le plus précieux sentimentalement parlant. Je me souviens comme si c’était hier, quand j’ai insisté auprès de ma mère pour qu’elle l’achète à l’antiquaire. C’était devenu vital pour moi. Quand elle a passé son chemin, ignorant mon envie, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Je lui en ai voulu. Jusqu’à ce que le jour de mes huit ans, le bijou se trouve dans un écrin, sur mon oreiller. Depuis, je ne m’en suis jamais séparée.

Rond, en or vieilli, l’ouvrage est ajouré grâce à de multiples cercles entrelacés. Une petite encoche sur le côté indique qu’il peut s’ouvrir. Je n’ai jamais réussi à le faire, comme si l’objet avait été scellé par son ancien propriétaire. Je m’en moque. Ainsi, il garde une part de mystère qui me plaît bien. Le perdre me brise complètement le cœur.

— Très bien, Sybil, il va falloir faire appel à ta mémoire, déclare mon amie qui passe en mode enquêtrice de police. Tu es bien sûre de l’avoir eu autour du cou en partant pour ton footing hier soir ?

— Sûre et certaine.

— Ensuite ?

— Comme d’habitude, j’ai pris la direction de Paimpont, sans m’arrêter.

— Tu ne l’as pas perdu en cours de route ?

— Je ne me rappelle pas très bien, avoué-je finalement.

Pour moi, le collier était bien en place autour de mon cou, bloqué par ma veste de sport. Il ne peut pas s’être échappé sans que je m’en rende compte.

Les yeux de Méline, presque félins, s’ouvrent en grand, avant de redevenir de taille normale.

— Comment ça, tu ne te rappelles plus très bien ? Tu étais distraite ? Pourquoi ? À cause de cette grognasse de Stéphanie ? Si tu me le demandes, je peux…

— Mais non, pas du tout ! m’exclamé-je.

Pour tout dire, cette vipère m’était sortie de la tête. Je ne vais quand même pas demander à Méline de m’aider à son sujet ! Je n’aime pas être un poids pour les autres. Et puis, c’est mon problème.

— Donc tu as couru ?

— Oui.

— Sur un trajet que tu connais ?

Forcément ! Je ne suis pas très courageuse… Quitter la route ne fait partie que du cauchemar que j’ai fait cette nuit. Est-ce que je dois lui en parler ? Ça m’embête. Elle va sûrement me prendre pour une folle. C’est complètement dingue, mais je ne me souviens de rien à part ça. Pourtant, je préfère garder le silence.

— Un chemin que je connais parfaitement, finis-je par dire. J’ai continué ma route, même quand j’ai croisé quelqu’un de louche. Je l’ai peut-être perdu à ce moment-là.

— Une personne louche ? Elle était comment ?

Les questions insistantes de ma voisine de chambre commencent à me mettre plutôt mal à l’aise.

— Je ne me souviens plus.

En fait, je ne sais même pas si cette rencontre ne fait pas aussi partie de mon cauchemar. Je suis complètement paumée. Méline insiste tellement, que je ne sais plus départager le vrai du faux.

— Elle était louche, mais tu n’es pas capable de la décrire ? Sybil, ton histoire n’est pas très claire, il va falloir faire mieux ! À quelle heure es-tu rentrée ? Combien de kilomètres as-tu couru ? Tu n’as rien enregistré avec ton téléphone ?

— Je n’ai pas besoin d’une application pour m’autocongratuler du sport que je fais ! m’agacé-je en levant, puis en laissant retomber les bras le long de mon corps.

C’est vrai, ça, quel est l’intérêt de savoir qu’untel a couru vingt kilomètres à part pour faire culpabiliser les personnes qui ne le font pas ?

Méline serre la mâchoire, mais ne répond pas tout de suite. Elle m’observe. Je sens son inspection sur chaque centimètre carré de mon corps.

— Sybil, tu sens le poney. Tu n’as pas pris de douche ?

Bon, je ne pensais pas que je sentais si fort que ça. Rien que le fait qu’elle remarque aussi ce point étonnant me concernant me fait soupirer. J’en ai presque les larmes aux yeux. Je ne comprends pas ce qu’il s’est passé hier soir. Ce qui me fait rendre les armes.

— Écoute, Méline, tu vas me prendre pour une folle, mais j’ai fait un rêve bizarre. Je courais sur le chemin habituel, puis une personne louche… enfin dans mon rêve, ce n’était pas une personne, mais plutôt une « créature »… monstrueuse m’attendait. Elle s’est mise à me courir après. Je ne savais pas quoi faire ! Je me suis enfuie, toujours en courant. Elle a fini par me rattraper puis a serré mon bras. J’ai vraiment cru que j’allais mourir. Jusqu’à ce qu’elle prenne feu. C’est moi qui l’ai brûlée. Après, je ne me souviens de rien. Je ne sais pas comment je suis rentrée à la maison.

Tout est sorti d’un coup, sans que je reprenne ma respiration. Méline s’est tue, me regardant toujours d’un air surpris. Puis, sans que je le voie venir, la jeune fille explose de rire.

— Excellent ! Bon, allez, file prendre une douche et habille-toi !

— Pourquoi ?

— Parce qu’on va dans la forêt, si c’est là que tu as perdu ton collier, non ? Alors, dépêche !

Je m’exécute, encore sonnée par son rire que je redoutais. Je savais que lui parler de mon cauchemar n’était pas une bonne idée. L’eau qui se déverse sur ma tête ne m’aide pas à trier mes pensées. Quand je suis de retour dans ma chambre enveloppée d’une serviette et les cheveux secs, Méline n’a pas bougé.

— Tu ne me crois pas, c’est ça ? soufflé-je en enfilant mon pantalon.

Je n’ai jamais été pudique et ma colocataire se fiche bien de me voir m’habiller devant elle. Elle l’est encore moins que moi.

Je vois qu’elle pèse ses mots avant de me répondre.

— Tu avoueras que c’est un peu étrange, non ?

Oui, je ne peux pas dire le contraire. Un nouveau soupir m’échappe, incontrôlable.

— Ne fais pas cette tête, ma chérie, reprend Méline d’un ton plus doux en me tendant mon blouson. Ça arrive à tout le monde de faire des rêves étranges.

Dubitative, je reste silencieuse, mais lui emboîte le pas.

L’orage s’est éloigné, laissant simplement des tapis de feuilles orangées au sol. Il fait frais. Même très frais. Je crois qu’il est temps de racheter un gros manteau pour l’hiver, ma veste même fourrée ne suffit plus.

— Il faut qu’on se dépêche, il est déjà plus de quinze heures ! Les jours sont plus courts maintenant, me rappelle ma colocataire.

Elle a raison. Nous sortons du village où se situe notre maison, direction la forêt.

Quand je la vois à nouveau se dresser devant moi, immense, parée de ses reflets roux et verts, je ne peux que la trouver magnifique. Elle est aussi majestueuse en journée qu’effrayante la nuit. J’ai toujours souhaité y croiser un petit lutin, ou même Merlin l’enchanteur. Pourquoi pas ? C’était dans cette forêt que son histoire et son amour pour Viviane étaient nés. Malheureusement pour moi, au regard de la nuit précédente, ce n’était pas vraiment ce qu’il m’était arrivé.

Nous passons la lisière, marchant d’un bon pas pour couvrir le plus de distance possible avant que le soleil décline totalement. Méline ne s’épuise jamais. C’est un point qui nous a tout de suite rapprochées : elle aime courir, tout comme moi. Sprinteuse, elle me bat toujours sur de courtes distances. Jusqu’ici, nous n’avons pas encore réussi à partager une séance plus longue, sur au moins dix kilomètres. Je suis certaine que je vais la battre à plate couture.

— Aïe, grogné-je.

— Tu as mal quelque part ? s’inquiète aussitôt Méline.

— Mes pieds… je crois que j’ai des ampoules. J’ai mis mes nouvelles baskets.

Ce qui m’arrive très rarement et me fait souffrir le martyre à chaque pas.

— Ah ! Tu sais ce qu’on dit : ne jamais porter trop longtemps une nouvelle paire, sinon…

— On dirait ma mère.

— Ta mère est pleine de bon sens ! Tu devrais l’écouter plus souvent.

— C’est ce que j’ai fait, hier, bougonné-je. Elle m’a dit d’aller « m’aérer l’esprit ». Résultat, j’ai perdu mon pendentif !

— Elle ne voulait sûrement pas que tu ailles courir en pleine nuit, toute seule.

Non, c’est vrai, elle ne doit d’ailleurs pas penser un seul instant que j’ai mis ses paroles à exécution cinq minutes après que nous avons raccroché.

— Il faudrait que je la rappelle.

— Encore ? s’étonne mon amie en se tournant vers moi.

— Nous sommes proches ! la contré-je, sentant monter son irritation.

— Vous devez vous laisser le temps d’apprendre à vivre séparément, s’agace ma colocataire. Je n’appelle pas ma famille tous les jours, moi !

— Je lui ai promis de garder le contact, chuchoté-je.

— Il y a garder le contact et garder le contact ! Les promesses… c’est bien pour ça que je n’en fais jamais ! Tu l’appelleras ce soir, va !

De toute façon, je n’ai pas trop le choix, vu que j’ai oublié mon téléphone dans ma chambre. Parfois, je suis trop tête en l’air pour mon propre bien. Inutile d’en faire tout un plat, de toute façon, je ne suis pas vraiment branchée technologie. Un peu de distance entre cet objet et elle ne peut pas faire de mal. Faire une photo de la forêt pour la poster sur un réseau social, pour faire genre que « ma-vie-est-géniale », ça ne me plaît pas. Méline non plus n’est pas très intéressée par les smartphones. Encore moins que moi. J’ai quand même plusieurs profils, histoire de, même si je ne les alimente pas. J’ai essayé de la trouver sur les réseaux sociaux, mais mon amie n’a aucun compte. C’est d’ailleurs la seule fois depuis le début de l’année que je me suis connectée à ces applications.

— Bon ! On vient de faire cinq kilomètres, indique ma colocataire. Où va-t-on ? Tu as une petite idée ?

— Pas vraiment…

— Tu ne te souviens vraiment de rien ?

Méline se montre inquiète. Les mains sur les hanches, elle regarde autour d’elle, essayant de trouver un corps étranger au bois. Je secoue la tête.

— Alors on continue ! Ça tombe bien, j’avais envie de marcher !

Nous continuons notre chemin, malgré la luminosité qui diminue. La température baisse à mesure que nous progressons. La forêt n’est pas lugubre en pleine journée, même si les arbres imposants rendent les chemins plus sombres. De nombreux promeneurs profitent du week-end pour y faire leur sport. Sans parler des touristes amateurs de contes et légendes.

Cependant, comme la veille, nous ne croisons personne. Dans les fourrés, un chevreuil s’éloigne à notre approche. La forêt de Brocéliande est bien calme. Trop calme.

— Ne bouge pas, m’intime tout à coup Méline.

Je m’immobilise, mes sens en alerte. Je ne perçois rien et ne vois rien. Comment ma colocataire peut-elle se tendre ainsi sans raison ? Méline ne bouge pas d’un cil, la main sur mon bras, pour me maintenir statique.

— Il y a quelqu’un, me souffle-t-elle.

Quelqu’un ? Comme la créature dans mon cauchemar ? J’ai du mal à me dire que mon rêve était réel, car mon esprit cartésien se refuse à y croire. Il n’y a pas de créature. Il n’y a pas de monstre. Je n’ai pas été poursuivie dans cette forêt. C’est tout bonnement impossible. Pourtant, ma gorge se serre. Heureusement que Méline est là. Sans elle, j’aurais déjà pris mes jambes à mon cou.

— Tu en es certaine ? lui demandé-je tout de même. Je n’entends rien.

— Affirmatif.

À ce niveau-là, ce n’est plus une ouïe fine, mais extrafine !

— Tu vas faire exactement ce que je te dis, d’accord ? continue Méline.

Je hoche la tête, tout en serrant les dents. Le ton de mon amie ne me dit rien qui vaille. Je n’en mène pas large et me sens incapable de prendre une quelconque décision logique. Méline respire profondément et pivote la tête vers notre droite.

Ses yeux semblent percevoir des choses que moi-même je suis incapable de visualiser. Ce qui ne me rassure pas le moins du monde. La créature va surgir à nouveau. C’est une certitude.

Puis, le visage de Méline se tourne d’un coup vers la gauche. Elle tire sur mon bras pour me positionner derrière elle.

Je distingue alors une forme. Elle est grande, avec deux jambes et deux bras. Un homme. Un homme normal. Ses cheveux en bataille, son côté rockeur me dit quelque chose. Mon impression est confirmée quand je vois une marque violacée partant de son cou pour lécher sa joue. Elle me rappelle aussi un mauvais souvenir, comme un flash. Je l’observe, lui, l’étudiant étrange qui m’a parlé hier, puis je vois la créature dévorée par le feu. Elle aussi portait des nervures violettes sur le visage.

Je n’ai pas le temps d’exprimer mon désarroi que mon œil est capté par un éclat dans la paume de l’individu.

— Mon collier, murmuré-je dans un gémissement.

Méline garde sa main sur mon bras.

— C’est à elle, apostrophe-t-elle l’inconnu, rends-le-lui.

Le jeune homme avance vers nous. Je recule sous l’impulsion de ma colocataire. Pourquoi est-ce qu’il a mon collier ? Pourquoi est-il là, devant nous ? Pourquoi Méline l’a-t-elle tutoyé immédiatement ? Elle le connaît ?

— Non, répond simplement le nouveau venu sans un sourire.

— Ne m’oblige pas à venir le chercher, le menace alors Méline.

— Tu ne le feras pas. Tu ne peux pas lutter contre ton instinct. Tu veux la protéger.

J’assiste à la scène sans comprendre. Ils ont l’air de se connaître, pourtant, ça ne m’a pas marqué à l’université. Ils se toisent un moment, en silence. Je suis de plus en plus mal à l’aise et je ne peux lâcher des yeux mon pendentif, toujours dans le creux de la main tatouée. L’individu joue avec entre ses doigts. Je ne comprends pas pourquoi il ne veut pas me le rendre alors qu’hier il m’aidait à ramasser mes affaires tombées au sol ? Est-ce que c’est lui qui a écrit « péquenaude » sur mes notes ? Non, ce n’est pas possible, nous ne nous sommes jamais vus avant !

Le jeune homme à la marque fait un pas de plus vers nous. Le pas de trop. Je suis tirée en arrière. Le visage fermé de ma colocataire m’apparaît. Puis, un seul mot de sa part me colle la frayeur de ma vie.

— Cours !